Huit raisons de lire des livres écrits par des non-chrétiens

Voici le troisième article de cette série sur la lecture. Nous avons vu, et c’est la priorité, qu’il est important de lire la Bible. Ensuite, nous avons vu qu’il est important de lire des livres écrits par des chrétiens au sujet de la Bible ou de la vie chrétienne. Désormais, nous allons voir 8 raisons de lire des livres écrits par des non-chrétiens. Par « livres écrits par des non-chrétiens », je veux dire essentiellement des romans ou des livres traitant d’un sujet technique particulier.

Je crois que le chrétien devrait prendre le temps de lire de bons livres.

1. La grâce commune devrait nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

Malheureusement, nous qui sommes chrétiens, nous lisons assez peu de livres généraux. Nous lisons la Bible ainsi que des livres écrits par des chrétiens, mais on s’arrête là. On a parfois peur d’être influencés par une littérature mondaine. Mais nous négligeons la grâce commune. Wayne Grudem définit la grâce commune ainsi : « La grâce commune est la grâce au nom de laquelle Dieu accorde aux humains d’innombrables bénédictions qui ne font pas partie du salut ».

La grâce commune ne doit pas seulement être perçue comme une information à ajouter à notre confession de foi. Il s’agit, en réalité, d’un motif d’adoration de Dieu. Nous qui sommes chrétiens, nous adorons Dieu pour qui il est et pour ce qu’il fait. Nous l’adorons pour ses attributs, pour sa création et pour le salut qu’il nous offre en Jésus-Christ. Nous adorons Dieu lorsque nous voyons un beau coucher de soleil ou une montagne majestueuse. Nous n’adorons pas le soleil ou la montagne, mais Dieu qui les a créés. De la même manière, nous pouvons être poussés à adorer Dieu pour des œuvres d’art remarquables. Dans ce cas, nous n’adorons pas l’artiste, mais le créateur de l’artiste. Cela englobe les auteurs. En lisant de bons livres, nous pouvons nous émerveiller devant la grâce commune de Dieu et voir notre désir d’adorer augmenter.

Il ne faudrait pas aller trop loin avec ce premier point. Je ne crois pas qu’il faille lire des livres écrits par des non-chrétiens pour stimuler notre adoration. Ce que j’essaie d’exprimer avec ce premier point, c’est que nous aurions tord de nous priver de lire de bons livres sous prétexte qu’ils ne parlent pas de la Bible.

2. Le plaisir devrait nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

Nous avons parfois l’impression qu’il existe une incompatibilité de nature entre la recherche de la gloire de Dieu et la recherche de notre plaisir. Nous devrions choisir entre adorer Dieu ou éprouver de la joie. Pourtant, je crois que la Bible présente les choses d’une manière bien différente. Si je devais formuler la manière dont la Bible articule ces deux domaines de recherche, je dirais que la joie ne se trouvera que lorsque nous glorifions Dieu. Plus nous glorifions Dieu, plus notre joie sera réelle.

Au XVIIème siècle, des théologiens se sont réunis pour rédiger les documents qu’on appelle aujourd’hui les « standards de Westminster ». Ils ont très bien exprimé ceci par cette question et cette réponse :

« Question : Quelle est la fin principale de l’homme? » On pourrait traduire en français courant : « Quel est le but principal de la vie de l’homme? ».

« Réponse : La fin principale de l’homme est de glorifier Dieu et de trouver en lui son bonheur éternel ». Vous voyez bien, dans cet extrait le lien que ces théologiens faisaient entre la joie et la gloire de Dieu.

Je crois donc que nous devrions lire de bons livres, non seulement à cause de la grâce commune, mais aussi, de manière très terre à terre, pour y trouver du plaisir. Je ne parle pas ici d’un plaisir mauvais, mais de ce plaisir qui va de pair avec la gloire de Dieu.

Je lis actuellement avec mes filles le classique de la suissesse Johanna Spyri « Heidi ». Ce livre est une belle histoire. Nous vivons les aventures de la petite fille et des personnages qui l’entourent comme si nous y étions. Ce roman ne parle pas vraiment de Dieu (même si quelques références chrétiennes peuvent se trouver par endroits), mais nous passons de bons moments en le lisant.

3. La beauté devrait nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

Ceux qui me connaissent pourront vous le confirmer : je ne suis pas très sensible à l’esthétique. Lorsque je fais partie d’une équipe, on ne me confie jamais la communication visuelle. Pourtant, j’apprécie énormément la beauté dans les livres. J’aime lire la description que les auteurs font d’un paysage ou d’un instant particulier. J’imagine que c’est un sentiment similaire qui pousse certaines personnes à rester une heure assises devant une peinture dans un musée ou à payer cher des tickets pour l’opéra.

Lorsque je parle de la beauté, il ne s’agit pas uniquement d’une description, mais un livre peut être beau de bien des manières. Le style peut être beau, mais aussi l’intrigue générale, l’enchaînement, le monde dans lequel l’histoire se passe, les émotions des personnages et bien d’autre choses encore.

J’aime les grandes sagas, tout particulièrement la littérature de l’imaginaire (science-fiction et fantasy). J’ai l’impression de me plonger dans un univers totalement différent de celui dans lequel nous vivons. Et je suis émerveillé (pas toujours, mais parfois) par la beauté des mondes imaginés par les auteurs. Je vous conseille la lecture de la saga « Hyperion » de Dan Simons. Ces 4 tomes plongent le lecteur dans un univers complexe mais cohérent, parfois hostile et parfois rassurant, mais toujours merveilleux. Si vous voulez lire une belle histoire, (à condition que vous aimiez ce style de littérature) lisez « Hyperion ».

4. La curiosité devrait nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

Je lis souvent des livres sur conseil d’amis. Je demande souvent à mes amis quels sont leurs livres préférés. Cela a deux avantages : (1) Premièrement, cela me permet de découvrir des auteurs, voir des styles que je ne connais pas et (2) deuxièmement, cela me permet de mieux connaître mes amis (croyez-moi, si vous lisez les livres préférés d’une personne, vous en apprenez beaucoup sur elle). Ces livres ne sont pas des classiques, ce ne sont pas des livres édifiants à proprement parler et ce ne sont pas des livres qui se passent dans un univers merveilleux. Mais ce sont des intrigues captivantes qui vous poussent à lire une page après l’autre jusqu’au bout.

Ces lectures n’ont pas changé ma vie, mais elles m’ont permis de bons moments de détente et, de plus, de bonnes discussions avec ces amis à la suite de ces lectures.

Faites-le test. Si vous souhaitez mieux connaître quelqu’un, demandez-lui de vous donner les titres de ses livres préférés. Lisez-les, puis parlez-en. Vous passerez de bons moments et ce sera une manière originale d’avoir des discussions intéressantes.

5. La soif de connaissance devrait nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

Les non-chrétiens n’écrivent pas uniquement des romans, ils écrivent aussi des livres techniques dont le contenu est plus informatif que ludique. Je lis régulièrement des livres de vulgarisation sur tout et n’importe quoi. Notre époque a de nombreux points faibles, mais elle excelle pour ce qui est de la production de littérature de vulgarisation pour tous les niveaux et dans tous les domaines. Il n’y a rien de tel, pour entrainer son intelligence, que de découvrir des domaines nouveaux.

Pour vous donner quelques idées, voici quelques domaines dans lesquels j’ai lu des livres de vulgarisation ces derniers temps : la biologie, la cryptographie, les mathématiques, la physique, la philosophie, la psychologie et l’informatique. Rassurez-vous, ces lectures n’étaient pas des livres compliqués, mais seulement de très simples introductions à ces domaines ou à une partie de ces domaines. Je ne suis pas du tout un expert dans ces domaines, mais cela renouvelle mes pensées de comprendre comment fonctionnent des choses auxquelles je ne suis habituellement pas confronté.

Avant de terminer ce point, j’aimerais faire une dernière remarque au sujet des livres de relation d’aide/coaching/développement personnel. Il s’agit d’un type de livre pour lequel vous trouverez de nombreux auteurs, aussi bien parmi les chrétiens que parmi les non-chrétiens. Si vous souhaitez vous former dans l’un de ces domaines, les auteurs chrétiens seront probablement très utiles (en tous cas certains auteurs chrétiens). Mais je vous conseille de ne pas totalement éliminer les auteurs non-chrétiens. Dans ce domaine, des auteurs non-chrétiens ont écrit des choses très intéressantes qui seront probablement de bons compléments aux livres écrits par des chrétiens. Dans ce domaine, je peux vous conseiller la lecture du livre « Deep work » de Cal Newport. Ce livre est très utile pour nous motiver à bien utiliser notre temps et en particulier notre capacité de concentration.

6. La culture devrait nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

Paul nous dit qu’il s’est adapté à ses auditeurs pour les rejoindre dans leur réalité afin de leur présenter l’Evangile qui sauve (par exemple en 1 Corinthiens 9.19-23). Nous aussi, nous devons rejoindre les non-chrétiens là où ils sont. Cet exercice peut sembler simple, mais il ne l’est pas tant que cela, surtout si vous êtes chrétien depuis longtemps. Si nous lisons des livres écrits par des chrétiens, que nous écoutons des prédications et de la musique chrétienne, si tous nos amis sont chrétiens et si l’ensemble de nos activités se font avec des chrétiens, il est probable que nous vivions dans une sous-culture évangélique.

Dans ce cas, la lecture de livre écrits par des non-chrétiens est un excellent moyen rejoindre la culture afin de mieux la comprendre. Ces lectures ne seront pas toujours utiles directement, mais elles alimenteront votre compréhension de la vision du monde communément admise. Je vous conseille les livres « Sapiens », « Homo deus » et « 21 leçons pour le XXIe siècle » de Yuval Noah Harari. Ces livres offrent une vision du monde très éloignée de notre vision biblique du monde. Néanmoins ils ont le mérite d’exprimer, de manière claire et cohérente, une vision très répandue aujourd’hui. La plupart de nos contemporains seraient incapables d’exprimer leur vision du monde, mais Harari le fait très bien.

Dans le même domaine, je vous conseille de lire des livres d’hommes et de femmes remarquables. Lisez des biographies d’hommes politiques et de chefs d’entreprises qui ont façonné notre époque. Cela vous aidera beaucoup à comprendre notre temps. De plus, vous vous rendrez compte qu’ils ont parfois eu des idées géniales qu’il serait dommage de mettre de côté sous prétexte que ces gens n’étaient pas des chrétiens.

Finalement, je vous conseille de lire des classiques. Bien entendu, les classiques ne parlent pas de notre époque, ils parlent d’une époque passée. Toutefois, sans que nous nous en apercevions, notre culture est forgée par les classiques. Lisez « Les Misérables » de Victor Hugo pour comprendre le quotidien des français au début du XIXe siècle. Lisez Jules Verne pour comprendre comment les gens voyaient les nouvelles technologies à la fin du XIXe siècle. Lisez « L’étranger » de Camus pour comprendre la vie que menaient les hommes du début du XXe siècle. Ces livres ne parlent pas de grands événements, mais ils nous aident à comprendre l’histoire des individus lambda. En comprenant comment l’on vivait il y a un siècle ou deux, on comprend mieux pourquoi la vie du XXIe siècle est telle qu’elle est.

7. Les grandes questions devraient nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

J’aime particulièrement la science-fiction. Je trouve que ce genre de livre est très utile car les auteurs parlent du présent de manière indirecte, en imaginant ce que le présent peut engendrer comme avenir. Si vous souhaitez réfléchir aux grandes questions de la vie, lisez de la science-fiction.

Si vous souhaitez réfléchir à la notion de liberté individuelle, lisez « 1984 » de George Orwell. Ce livre montre une société où l’individu est totalement effacé pour laisser place à une communauté structurée, contrôlée et surveillée.

Si vous souhaitez réfléchir au bonheur, lisez « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Monsieur Huxley imagine un idéal technologique où le bonheur parfait serait atteint. C’est extrême, mais ça nous fait réfléchir à notre réalité fondée sur le divertissement.

Si vous souhaitez réfléchir à la notion de réalité, lisez la trilogie « Le problème à trois corps », « La forêt sombre » et « La mort immortelle » de Liu Cixin. Il s’agit d’une série de livres décapante qui remet en question les éléments les plus fondamentaux de notre réalité.

Si vous souhaitez réfléchir à la notion de temps et de l’évolution des cultures humaines dans le temps, lisez « La fin de l’immortalité » d’Isaac Asimov. Cette histoire nous fait réfléchir à ce que l’Ecclésiaste disait déjà « tout est vanité » et « ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ».

Si vous souhaitez réfléchir à l’intelligence artificielle, et à l’être humain augmenté, lisez « Blade Runner » de Philip K. Dick ou alors la saga « Les Robots » d’Isaac Asimov. Ces livres nous plongent dans des mondes où les machines ont beaucoup de pouvoir.

Si vous souhaitez réfléchir à plusieurs questions liées aux nouvelles technologies (en particulier dans les domaines de l’information et de la communication), lisez les nouvelles de Ted Chiang. Cet auteur travaille dans le domaine de l’informatique et écrit des nouvelles très perspicaces à côté de son travail. Par exemple, le film « Premier contact » de Denis Villeneuve est tiré de l’une de ses nouvelles.

Je pourrais continuer la liste ainsi, mais je vais m’arrêter là. Les livres (certains en tous cas) nous aident à réfléchir à notre monde et aux grandes questions insolubles du moment. Lire des livres ne signifie pas adhérer à leur contenu, mais ils nous poussent à réfléchir.

8. Nos émotions devraient nous pousser à lire des livres écrits par des non-chrétiens

Je trouve que les livres, plus encore que les films, sont capables de nous faire rire ou pleurer, de provoquer la curiosité, de déranger, de motiver et de nous entrainer dans tout types d’émotions. Il m’est arrivé de pleurer en lisant un livre (je ne pleure pratiquement jamais, mais ça m’est arrivé). Il m’est aussi arriver de rire aux éclats (dans les transports publics, c’est toujours de grands moments). Au passage, si vous voulez rigoler en lisant un livre, je vous conseille de lire « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson ou « H2G2 : le guide du voyageur galactique » de Douglas Adams.

Je pense que les livres provoquent de très fortes émotions car notre imagination est totalement impliquée lors de la lecture. Lorsque je lis « Le Seigneur des anneaux » de J. R. R. Tolkien, je peux être émerveillé en découvrant la glorieuse citée de Minas Tirith. Lorsque je lis « Dune » de Frank Herbert, je peux vivre l’aridité que connaissent les Fremen. Lorsque je lis « La Stratégie Ender » d’Orson Scott Card, je peux expérimenter la vie en apesanteur à l’école de guerre. Bref, nous vivons des émotions très fortes lorsque nous lisons.

Je crois que le fait de vivre ces émotions est une bonne chose. Nous sommes des être émotionnels et cela nous fait du bien de passer du temps dans des mondes fictionnels pour expérimenter ces émotions en dehors de la réalité.

Je termine par une dernière remarque de la plus haute importance. Cet article est le troisième de la série. Il y a une raison à cela. Le premier article parle de la lecture de la Bible. C’est ce qui est primordial. Le deuxième parle de la lecture de livres écrits par des chrétiens, en deuxième par ordre d’importance. Le troisième parle des autres livres, ce qui est moins important encore. Si vous n’aimez pas lire, il n’est pas nécessaire pour vous de vous forcer à lire des livres écrits par des non-chrétiens. Lisez au moins la Bible, c’est l’essentiel (cela dit, si vous avez lu cet article jusque-là, je pense que vous devez tout de même aimer lire).

En tous les cas, lisez.

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Jonathan Meyer

Jonathan Meyer est pasteur à l’Église de l’Action Biblique de la Servette à Genève.

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